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Tich 13 Martel, Le Coeur hivernal. 374CS, 1397CV. Sept heures du matin. Comme toujours, la pluie tombe sur les toits en bois des cabanons bordant les champs du nord de Lahmotte. Le jour s'est levé mais la luminosité est encore malgré tout faible. La terre encore vierge de semence ressemble plus à de la boue qu'à autre chose. Cela fait des dizaines que les patrouilles sont calmes, aussi elles ont été réduites. Ce matin, Aeron, toute jeune recrue du roc, est accompagné d'un vétéran des fière-haches, Cohis, pour sa première patrouille. Comme c'est sa première expérience, et vu son jeune âge – dix neuf ans, tout au plus – ils ont été affectés au secteur en général le plus calme : le nord du village.
Voilà maintenant une petite heure qu'ils marchent côte à côte, l'ancien interroge le jeune sur ses motivations, ses idées, ses rêves d'avenir, et le jeune répond avec fougue et volonté, faisant preuve d'une ambition somme toute assez répandue à son âge, mais prometteuse. La discussion est bon enfant, et si l'attention d'Aeron ne semble se préoccuper que de son supérieur, ce dernier, en bon professionnel, garde toujours un œil et une oreille aux environs.
Cependant, le crissement strident qui s'élève alors est suffisamment bruyant pour que les deux l'entendent, et probablement aussi les premiers villageois sortis de leurs maisons. Il n'en faut pas plus pour réveiller les instincts de combattants du vétéran. Hache à la main, il se tourne vers la direction du son. Vers le nord, vers le chemin menant aux environs. Il est rare que quelque chose arrive par là, se dit-il alors que son élève l'imite.
Et puis enfin, l'image vient accompagner le son. Et quelle image. Là, apparaissant en bordure des arbres, presque une dizaine d'araignées géantes sont en train de se précipiter vers eux. Cohis ne fait pas l'effort de retenir le chapelet de juron qui lui traverse l'esprit. D'où sortent-elle ? De la mine, bien sûr, mais pourquoi ?
Mais le temps n'est pas aux questions. Cette menace est plus que sérieuse. Il hurle un ordre à la jeune recrue. Aller prévenir les autres à l'avant poste. Aeron reste quelques instants immobile. Il ne peut pas laisser son supérieur seul face à ces monstres ! Elles sont bien trop nombreuses ! Mais alors que le vétéran réitère son ordre, la recrue se souvient d'une question lors de son entretien pour entrer au Roc. « Vous revenez de patrouille, lorsqu'une attaque massive survient, votre supérieur direct vous ordonne de retourner en ville pour prévenir les autres mais vous voyez bien que l'ennemi est supérieur en nombre, que faites vous ? ». Bien sûr. Il n'y a pas trente-six bonnes réponses. Le jeune homme jette un dernier regard à son chef qui se rue sur les araignées et il se met à courir à son tour, en sens inverse, vers l'avant-poste. Les bruits du combat, les cris et les craquements de carapace brisée s'éloignent peu à peu. L'avant poste est juste là. Il crie. Le plus fort possible, et il résume ce qu'il a vu le plus vite possible. Aussitôt, c'est presque tous les mercenaires déjà levés qui se dirigent au pas de courses vers le nord du village, à l'exception des quelques hommes affectés à la garde du barrage.
Une fois sur place, ce n'est pas vraiment une surprise qui les attend, mais l'horreur n'en est pas pour autant absente. Le corps du vétéran est là, étendu sur le sol, déchiqueté. Et autour de lui, les araignées. Trois corps sans vie et les autres qui se battent entre elles pour un morceau de chair sanguinolente. Aussitôt, la charge est lancée par le plus haut gradé du groupe. Tous se jettent dans la mêlée pour saluer l'honneur et le sacrifice du vétéran. Cette fois, ce sont les hommes du Roc qui sont supérieurs en nombre, et la bataille ne durent guère que quelques minutes.
Les hommes à bout de souffle s'assurent de la mort des créatures octopodes, enfonçant leurs armes dans ce qui ressemble le plus à la gorge des araignées. Quelques mètres plus loin, Aeron retrouve, à moitié enfoncée dans la fange, la pierre d'âme du vétéran, parcourue d'une longue fissure. Sûrement a-t-elle été brisée et éjectée de sa poche dans la violence du combat perdu d'avance. Elle est ramenée près du corps déjà décharné, et rapidement, le cadavre est couvert d'un drap blanc. Il sera enterré le soir même, en héros, et de nombreuses larmes viendront rejoindre la pluie battante sur sa tombe.
Mais, chose plus importante encore, c'est que cette attaque n'augure rien de bon. Il est extrêmement rare que les araignées sortent des mines, et les théories les plus diverses et les plus folles fleurissent déjà, tandis que les patrouilles du Roc sont d'ores et déjà doublées.
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