#1 13-10-2007 18:27:35

talwinque
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Chroniques naines de Damarie

Une tête honorée




   Nigrimm s'essuya le front de son avant bras gauche ; une traînée noire faite de poussière métallique se déposa alors sur les plis perlés de sueur de son front. Agitant les doigts de sa main droite engourdie, il s'apprêtait à reprendre le marteau qui lui servait à forger les armes de ses frères. L'enclume commença de nouveau à répandre les battements résonnants et réguliers que jouait le nain vêtu de tissus usés par le  temps, surmontés d'un épais tablier de cuir. Un son dissonant sembla désaccorder le son du marteau et de l'enclume. Si l'on entendait, dans les salles voisines, le son strident des lames raclant sur les pierres à aiguiser, une clameur vint mettre un terme à l'élan de Nigrimm.
   Frottant ses mains noires sur son tablier, épongeant sa sueur à l'aide d'un chiffon tout aussi sale, il s'avança jusqu'à atteindre l'entrée de sa forge qui donnait sur une vaste salle. Un hall, dont la voûte était soutenue par des piliers cylindriques, accueillait nombre de nains tournés vers le Sud, en direction des portes du hall des forgerons au coeur duquel ils se situaient. Chacun portait un sourire mêlé de respect et de contentement qui accueillait l'ombre d'un nain positionné dans le contre-jour du seuil des grandes portes de granit.
   Ce dernier s'avança, affichant une barbe brune tâchée de sang et son heaume déformé par l'impact d'une arme contondante ; il tenait, bras ballant, une tête d'orque défigurée à l'oreille droite mutilée. Il s'agissait là d'un chef ennemi depuis longtemps traqué par les nains de la cité Forgétoile.

Bière! s'écria  le nouvel arrivant qui brandit alors son trophée.
Gloire à Démedrin! Bière! Bière! entonnèrent les nains assis autour des tables en pierres sculptées.

   Nigrimm rit alors d'une telle scène ; la tête de Groruk était depuis longtemps mise à prix et son oreille manquante et cicatrisée attestait de son identité. Levant le poing et scandant le nom de Démedrin, Nigrimm regagna l'antre de sa forge pour forger avec plus d'ardeur le marteau de guerre qu'il confectionnait. Il perçut encore le son des chopes qui s'entrechoquaient allègrement durant quelques minutes avant que ce dernier ne fut complètement accaparé par son ouvrage et qu'il n'oublie totalement la dissonance formée par les rires et les chants de ses frères ; retrouvant le chant régulier et plein d'allant de son art pratiqué.

Dernière modification par talwinque (13-10-2007 18:47:07)


Une armée de nains est semblable à une cotte de maille ; chaque guerrier formant des maillons d'aciers impénétrables, unis par le respect, la loyauté et le sens du devoir.
Tremblez vous qui tenterez de percer les remparts de leurs forteresses ; la mort, les rivières de sang et la détresse seront pour vous les ultimes maîtresses.
Chantez et dansez, fils du Forgeur, l'allégresse est dans vos coeurs ; buvez et riez, la bière est à présent versée!

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#2 14-10-2007 14:20:29

talwinque
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Re: Chroniques naines de Damarie

Hunegrin Brisenclume



   Motrek était assis sur son trône au sein de la Grande salle, coeur de la cité de Forgétoile. A ses cotés se tenaient trois autres nains vêtus de tenues cérémonielles. Deux étaient à sa gauche ; Ditrin Paumefendue qui arborait une épaisse barbe blanche tressée dans un schéma compliqué et Magrund Ecu-d'acier qui portait une barbe non moins blanche, mais plus souple, que son unique tresse voyait reliée à une ceinture dorée. A la droite de Motrek, se tenait Malangrin Courbecerf aux yeux bleus profonds et dont la barbe, de même teinte, était divisée en deux simples tresses se balançant au niveau de sa taille à chaque mouvement de tête.
   Tout trois, campés sur leurs jambes, voyaient leurs paumes reposer sur le manche de leurs marteaux de guerre posés masses contre sol. Ils arboraient de longues robes pourpres surmontées d'une encolure faite de fourrure blanche et d'épaulettes forgées dans un métal argenté. Légèrement ouvertes, ces robes laissaient apparaître des mailles scintillantes faites du même métal que leurs épaulettes sus-nommées.
   Motrek qui se tenait bras croisés, accueillit, le visage impassible, une colonnie de nains vêtus de tabliers en cuir et dont les visages aux traits tirés dénotaient d'un état de fatigue avancé. Le roi de Forgétoile les fit s'aligner face à lui avant que ces derniers ne posent un genou au sol, baissant la tête en guise de respect et d'humilité.

-Vos barbes naissantes s'étoffent peu à peu chaque jour, mais bien plus rapidement que vos talents de forgerons. Vous atteignez pour la plupart les cinquantes années de vie et vous voici élus apprentis forgerons, s'exclama gravement Motrek.

   Les nains épaulant Motrek ne bougeaient point ; leurs regards, sombres, s'attardaient sur chacun des jeunes nains qui n'osaient que très rarement les croiser. Motrek reprit la parole de sa lourde voix qui, à chaque syllabe forte, causait un rictus d'approbation chez ces jeunes pousses de barbe bien intimidées.

-Voici pour vous un extrait de la ''Mémoire de Forgétoile'' ; ainsi vous n'oublierez jamais les origines de votre lignée afin que vous puissiez l'honorer pour l'éternité.

   Motrek prit un épais livre qui reposait, à droite de son trône, sur un autel de granit avant d'en lire quelques pages :

-''Forgétoile du haut des Montagnes de Galène, domine le Nord de Damarie. Défiant le Grand Glacier  ainsi que les hordes impies des terres mortelles de Vaasie.
Que Moradin bénisse Hunegrin Brisenclume. Qui de sa force et de sa volonté fonda notre cité, notre fortune.
Qu'importe la mort, qu'importe la folie. De l'Année du Fléau*, nous nous érigeons si haut aujourd'hui .
Hunegrin Brisenclume, premier Roi de Forgétoile. Qui marcha contre le destin dans les confins enneigés parmis les étoiles.
Nous lui devons la vie, nous lui devons nos richesses. Randons à Hunegrin cette simple messe.
La bière coulera, les mines perdureront. Tant que la foi sera dans le coeur de  nos forgerons. ''


   Avant de conclure par ce dernier conseil :

-Que votre talent et votre art permette à jamais de défendre notre cité pour qu'un jour, il soit légué à vos descendants. Martelez! Forgez! Que nos heaumes et nos armures scintillent! Martelez! Forgez! Que nos haches et nos marteaux mutilent!

   Motrek fit un signe de la main droite . Ditrin, Magrun et Malandrin descendirent les quelques marches qui les séparaient des nouveaux apprentis forgerons afin de leur remettre, à chacun, une amulette frappée d'une rune honorifique.


(* Année du Fléau : An 1150 du Calendrier des Vaux)

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Une armée de nains est semblable à une cotte de maille ; chaque guerrier formant des maillons d'aciers impénétrables, unis par le respect, la loyauté et le sens du devoir.
Tremblez vous qui tenterez de percer les remparts de leurs forteresses ; la mort, les rivières de sang et la détresse seront pour vous les ultimes maîtresses.
Chantez et dansez, fils du Forgeur, l'allégresse est dans vos coeurs ; buvez et riez, la bière est à présent versée!

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#3 15-10-2007 21:14:00

talwinque
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Re: Chroniques naines de Damarie

L'hospitalité



   Assis au fond de la salle, Olagrin observait ses congénères. La vingtaine de tables, remplissant la Brasserie de Drondt Hautbarrique, avait du mal à contenir tous les nains qui venaient s'y déshaltérer. Le voile gris qui dansait devant ses yeux lui laissait un sourire affiché bien naïf. Ses joues se gonflaient à plusieurs reprises avant que ses yeux ne s'emplissent d'une lueur rouge. Le brouhaha général ne le perturbait point ; se concentrant ça et là sur tel ou tel nain, il parvenait à discerner les discussions. Visiblement amusé, il dodelina de la tête avant de retirer la pipe de sa bouche et de se lever. Olagrin traversa la travée principale et délesta allègrement de ce voile gris et volatile à la face de ces frères décontenancés. Tirant à nouveau sur sa pipe, il distribua ainsi de cette fumée à toutes les tables qu'il croisa avant d'aller se tenir face aux portes de la brasserie.
   Cette attitude, semblable à un affront arrogant, eut le mérite d'obtenir un silence général qui permit à Drondt d'interpeller cet insolent.

- Ne tiens-tu pas la bière pour agir ainsi, ou bien cherches tu à séduire les lèvres porteuses de nos futures anecdotes, qui, à n'en pas douter, narrerons la façon dont tu te seras fait raser la barbe?

   Olagrin ne répondit point, mais un rire profond traversa l'épaisse fumée qui entourait encore sa tête. Il se tourna et tira une nouvelle fois sur sa pipe  avant d'observer Drondt.

- Je n'avais jamais fréquenté pareille brasserie! lança-t-il. Sommes-nous donc devenus si peu solidaires qu'une salle entière ne vibre plus d'histoires et de légendes sous les rires et les bravos d'une foule unie! Où sont les anciens que l'on écoutait jadis? Où sont les vieilles barbes qui toisaient celles-ci, souples et brunes assises à ces talbes désunies?

   Ses paroles perturbèrent Drondt qui se souvint de ces ambiances passées. Une nostalgie depuis longtemps enfouie refit alors surface. Son air contrarié se transforma en mine émue, une larme perla sur sa paumette avant de s'égarer dans cette forêt qu'on aurait pu nommer barbegrise. La foule gronda lourdement, les esprits les plus avinés se levèrent et menacèrent Olagrin, leurs barbes étant humiliées, ils réclamaient la réparation de cet affront.

- Calmez vous mes amis, Olagrin a raison! intervint Drondt.

   Tous les regards se tournèrent vers le brasseur qui en cet instant, devenait aussi désiré qu'un elfe en vadrouille aux portes de la cité.

Tournée générale! s'écria-t-il encore.

  Une clameur joyeuse et reconnaissante prit le pas sur la précédente tandis qu'Olagrin affichait un grand sourire.

- Qu'on regroupe les tables et que l'on trinque ensemble, ordonna Olagrin. Que le Col des Trois Routes soit témoin de cet instant. Que d'ici à  Forgétoile, que d'ici à Feréperon, que d'ici à Héliogabale on entende nos rires et nos chants! Maintenant écoutez l'histoire de celui qui fut accueilli par les miens, de celui qui repartit bien malin, de celui que je nomme Peau-d'orque et dont le nom humain m'échappa dès son arrivée.

   Tous les nains furent, dès lors, acquis à sa cause. La bière coula et les barbes manquèrent d'être noyées tant ils rièrent et se chahutèrent à l'écouter. L'histoire fut longue et bien menée, voici pour vous un souvenir, court résumé.

- Forgétoile vibrait du son matinal du marteau sur l'enclume et de la pioche pourfendant la roche. Ce son, bien différent de celui de midi ou du soir venu ; creu, presque chantant, accueillant avec légèreté le nouveau jour que Moradin nous tendait bienveillant. Nous ne vîmes d'abord pas venir cet individu, qui au nom de son roi nous réclamait lames et écus. Les gardes de la Grande Porte, bien éduqués, le laissèrent entrer : avant qu'il se soit présenté mais bien après que les coffres qui le suivaient furent examinés. Il portait de l'or le bougre et en bonne quantité à en juger de la paleur de ses suivants qui, les coffres, acheminaient.
Mais il fut bientôt poussé par nombre des notres, en poste avancés, qui se situaient. Orques, Orques criaient-ils! Cet humain a ameuté les orques! L'homme fut géné et O combien désapointé tout le temps que la bataille dura. Les Grandes Portes assistèrent au massacre, déluge écarlate d'une bien cupide traque. Les peaux vertes, si l'or avaient-elles flairé, tombèrent une à une sous les coups, de mes frères, répétés.
La route fut nettoyée et libérée tandis qu'à l'intérieur notre roi s'entretenait avec ce messager. Il demanda pardon et annula la commande qu'il était venu porter, tout en précisant qu'il offrait les coffres d'or sans aucune contre-partie. Le hall d'entrée résonna de hourra et de bravo, le geste était louable et honorable. Pour le remercier, à la fois de nous avoir donné de la chaire verte à découper et d'avoir payé sa dette face à ce danger qu'il nous fit courir, nous l'avons épargné et renvoyé!
Couvert de la peau de nos ennemis, il est rentré! L'histoire ne dit pas ce qu'il en advint ; passa-t-il les lignes orques à leur insu, ou fut-il dévoré tout cru. Toujours est-il que pour peu de choses, nous avons combattu et de l'or nous avons reçu!


    Olagrin fut applaudi et remercié avant de conclure:

- A présent c'est à vous car... pour la tournée, je n'ai plus un sou!

Dernière modification par talwinque (16-10-2007 19:05:41)


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#4 19-10-2007 15:08:24

talwinque
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Re: Chroniques naines de Damarie

Gadrarik Deuxcouronnes (première partie)




 

Nolagrin, pour ses quarante ans, venait d'être affecté au Hall du souvenir par ses pairs. Cette salle était de forme octogonale où les murs, s'élevant à plus vingt mètres, arboraient des lignes innombrables de runes retraçant l'histoire de la cité ainsi que celle de ses plus illustres nains. Les lignes les plus élevées étaient rendues lisibles par un procédé ingénieux, mis en place par feu Loigrin Brillemarteau, consistant à insérer de la poussière de diamant au creu de la roche sculptée, pour ainsi  mettre les runes en évidence par la lueur des torches, devenant ainsi parfaitement visibles malgré la hauteur vertigineuse à laquelle elles se situaient.
   Sculpteur et tailleur de pierres qu'il était,  Nolagrin vit ainsi son art honoré et récompensé par la responsabilité qui lui était nouvellement échue. Forgétoile, qui n'était pas agée de plus d'un siècle lors de sa nomination, possédait alors seulement trois de ces huits parois recouvertes de récits plus épiques les uns que les autres. C'est ici que Nolagrin découvrit la légende de Gadrarik Deuxcouronnes.

- Tu es trop jeune pour avoir connu Gadrarik, lui lança Doinius qui travaillait dans cette salle depuis bien des années. Sache que je l'ai connu et même cotoyé, reprit-il fièrement. J'ai moi même gravé son histoire sur ces murs aussi permets moi de raviver son souvenir.

- Que tes mots lui donnent vie en  mon esprit car ces premières lignes attisent ma curiosité et mon admiration, répondit Loigrin dont le regard se perdait encore sur les runes de cette histoire.

- Gadrarik était le roi d'une forteresse naine aujourd'hui déchue, débuta Doinius avant de poursuivre. Darak-Nadh se nommait-elle ; se dressant fièrement à l'Est de la Vaasie, elle constituait la porte du versant Ouest des montagnes de Galène. Le Nord était encore sous l'emprise du Grand Glacier tandis que le Sud et l'Ouest étaient aux prises avec les tribus sauvages de peaux vertes ainsi que toutes sortes d'humanoïdes monstrueux et les fosses immondes de l'Outreterre. Gadrarik possédait l'armée naine la plus robuste et courageuse de l'époque. Tenant en respect tous ses ennemis, il menait ses troupes pour venir en aide aux cités voisines. Nombre d'entres elles ne purent être secourues à temps et nombre d'entre elles tombèrent sous le joug et la domination sauvage de créatures hostiles et variées. Darakh-Nadh ne profitait hélas pas d'un sol riche en minerai, d'aucune sorte, aussi se devait-il d'assurer la protection des cités qui lui faisaient parvenir l'or et les matériaux nécessaires à la défense  et à la fortification de sa forteresse.
Il arriva un jour où Daugrim Hachécarlate, son plus puissant allié et pourvoyeur d'or, fut tué et sa cité, Dalarnaz, prise d'assaut par Traruk Grispoignard, un cruel et puissant chef Duergar. Les nains de Dalarnaz, pour la plupart, furent vendus ou utilisés comme esclaves en Outreterre tandis que les quelques rescapés rejoignirent les murs de Darak-Nadh. Quatre années s'écoulèrent sans que Gadrarik ne puisse repousser l'armée de nains gris des murs de Dalarnaz. Epuisant son armée et ses réserves d'or, le roi de Darak-Nadh lança un défi à Traruk qui mettrait en jeu les couronnes des deux cités dans un duel dont l'issue certaine serait la mort pour au moins un des deux participants. Le chef Duergar accepta tout en posant ses conditions.
Le combat aurait lieu de nuit, sur la corniche des “Deux-ponts brisés”, la couronne du perdant reviendrait au vainqueur et si les deux protagonistes venaient à chuter ensemble, le clan ayant demandé ce duel serait déclaré perdant. Gadrarik n'étant pas en position de force, accepta non sans inquiétude. Il fit fortifier les défenses de sa cité ; la confiance qu'il plaçait en ce Duergar était inexistante, il savait qu'un tel nain pouvait soutenir et faire face à un accord tout en le trahissant d'un autre coté, d'une manière détournée.
Le clan de Gadrarik arriva le premier sur les lieux du rendez-vous, les émissaires restèrent à l'entrée du premier pont situé sur les bords Est du Cirque de la Solitude tandis que leur roi, armé d'une puissante hache et vêtu de son armure, le franchit lentement pour prendre place sur la corniche centrale. Traruk arriva trois heures plus tard, lorsque la nuit fut plus sombre et que les nuages  terminèrent couvrir les étoiles. Gadrarik vit alors une masse imposante franchir le pont Ouest du cirque. Deux duergars apportaient un torve enchaîné. Un troisième nain gris portait une énorme masse d'arme hérissée de pointes. Gradarik reconnut bien là la fourberie des duergars, Traruk ne prendrait pas par au combat et il devenait certain qu'éventuellement battu, Traruk ne reconnaîtrait pas la défaite...

Dernière modification par talwinque (19-10-2007 15:16:57)


Une armée de nains est semblable à une cotte de maille ; chaque guerrier formant des maillons d'aciers impénétrables, unis par le respect, la loyauté et le sens du devoir.
Tremblez vous qui tenterez de percer les remparts de leurs forteresses ; la mort, les rivières de sang et la détresse seront pour vous les ultimes maîtresses.
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#5 20-10-2007 11:31:24

talwinque
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Re: Chroniques naines de Damarie

(suite et fin)

  Doinius, qui portait un visage grave fit une pause pour reprendre son souffle. Le cirque de la solitude était un lieu morne et rocailleux, dépourvu de végétation. Une immense faille le parcourait du Nord au Sud ; l'Est et l'Ouest étant seulement reliés par deux ponts étroits et anciens, eux-même reliés à une colonne rocheuse centrale et esseulée. Ce lieu précis se nommait “la corniche des deux ponts brisés” de part leur aspect branlant et fissuré. Le temps qu'une bière soit bue, Doinius reprit son récit que ses grands yeux animés semblaient encore vivre et visualiser.


- Le torve fut conduit sur la corniche et les trois duergars le détachèrent avant de lui donner la masse d'arme. A peine fut-il libéré de ses chaînes et armé qu'il écrasa deux des trois nains gris sous les coups brutaux de son arme. Le troisième prit de panique tenta de s'enfuir avant de trébucher dans une des multiples fissures que possédait le pont de pierre, sous le regard effaré du roi de Darak-Nadh.
Si le torve était aveugle par nature, ses sens lui permettaient de sentir Gadrarik qui para les premiers coups de son adversaire. Le combat fut compliqué et le nain manqua de céder à de nombreuses reprises. L'écho des coups portés se répercutait de montagne en montagne. Gadrarik ne parvenait pas à déborder son ennemi mais la colère et la rage qui naquirent de l'acte de lâcheté de Traruk lui assurèrent une vigueur et une force décuplée. La torve frappait sans cesse et plaçait le nain sur le reculoir. Ce dernier chuta soudainement après qu'une pierre l'eut fait culbuter en arrière. La masse du monstre gris s'écrasa alors sur le heaume doré du roi nain.
   Le clan de Garadrik tomba dans un silence grave tandis que de l'autre coté, les cris de victoires se répandaient. Le torve lui-même pensa en finir avec son ennemi ; s'apprêtant à l'empoigner pour le jeter dans le vide, la créature sentit son avant bras droit se briser et, dans un cri rauque, il vit le nain se redresser, la hache ayant été maniée avec l'énergie de l'instinct de survie. Un temps mort permit à Gadrarik d'oter son heaume déformé. Le visage en sang, son front était ouvert et son nez brisé, quelques dents manquaient également à l'appel mais il reprit position sur ses deux jambes chancelantes avant d'invectiver son ennemi. Son clan hurla de joie et pria Moradin de donner la force à leur roi de poursuivre le combat.
   Le torve reprit ses esprits, le bras droit balant et inerte, il fendit l'air de multiples coups imprécis ; courant sur son ennemi à chaque fois que ce dernier l'esquivait, il commença à s'épuiser. Ses cris de haines couvrirent les moindres parois rocheuses à des kilomètres alentours tandis que le nain cherchait à reprendre un second souffle. Le torve se jeta une énième fois sur le nain qui dévia un premier coup du tranchant de sa hache, puis un second avant d'être projeté au sol par un coup venu de derrière. Il ne comprit pas ce qu'il se passa et personne au loin n'en vit plus que lui, mais Traruk  riait perfidement.
   Une nouvelle fois, la masse du monstre s'écrasa sur le nain qui venait de se retourner pour lui opposer sa hache. Mais le reflexe fut trop long à venir et le nain sentit son buste s'écraser et ses côtes se briser. Un puissant cri étouffé sortit de sa bouche ensanglantée ; l'énergie du désespoir lui fit tendre sa hâche à nouveau avant qu'une force invisible ne la retienne. Le torve s'apprétait à broyer la tête du nain lorsque ce dernier, dans un rictus haineux et rageur, tira son arme sur sa droite avant que le monstre ne le frappe puissament. Traruk cria à la victoire tandis les frères nains de Gadrarik tombèrent à genou. L'honneur leur dictait de respecter l'issue du combat ainsi que les termes conlcus préalablement, même si leur coeur leur dictait de passer le pont et de charger l'ennemi à vu.
   L'espace d'un instant, le silence fut complet... lorsque soudain, un cri de rage mêlé de rancune éveilla l'esprit de chacun, Gadrarik se releva, chancelant, titubant tout en repoussant le corps inerte d'un nain gris. Le torve venait d'abattre un guerrier duergar de Traruk qui avait usé du pouvoir d'invisibilité propre à leur race. Le torve ne comprit point, ses sens perturbés, il se focalisa à nouveau sur le nain... bien trop tard, la mesquinerie du chef duergar avait eu raison de son propre combattant. Gadrarik venait de pourfendre l'immonde créature, la hache plantée et enfoncée de la clavicule jusqu'au milieu du buste gris et sanguinolant de son adversaire. Les émissaires de son clan le rejoignirent quand d'autres poursuivirent Traruk et les siens qui commençaient à fuir. Ceux-ci furent abattus et massacrés sous les traits  nombreux d'arbaletriers et les tranchants des haches de leur poursuivants.
   Gadrarik fut rappatrié et l'armée naine sortit de Darak-Nadh pour finalement reprendre la cité de Dalarnaz qu'ils retrouvèrent en partie désertée par l'ennemi. La tête de Traruk fut plantée sur un pieu au milieu de la corniche des “Deux ponts brisés”. Leur roi devint seigneur des deux cités et les passes montagneuses furent nettoyées et protégées. Gadrarik poursuivit ainsi son règne quelques jours avant de succomber à ses blessures. Une statue fut ensuite dressée au-dessus des portes des deux cités et son nom dans chacune d'elle fut gravé.



   Nolagrin termina d'écouter son camarade avant de porter un dernier regard sur les runes retraçant cette triste et héroique histoire. Fier d'appartenir à un tel peuple, il mit du coeur à l'ouvrage et grava ses première runes historiques ; celles d'un nain, bani et rasé pour avoir fauté, pour que jamais son nom ne soit oublié.


Une armée de nains est semblable à une cotte de maille ; chaque guerrier formant des maillons d'aciers impénétrables, unis par le respect, la loyauté et le sens du devoir.
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#6 29-10-2007 19:32:53

talwinque
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Re: Chroniques naines de Damarie

Gronelin Maindorée




- Lâchez du leste et descendez moi avec souplesse! Si par malheur je me ramasse la barbe par terre par votre maladresse, vous aurez de mes nouvelles! criait Gronelin qui se maintenait à l'une des deux cordes qui soutenaient le seau en bois dans lequel il se trouvait.

   

Quelques secousses firent trembler la flamme de la torche qu'il tenait de l'autre main. Gronelin ne vit bientôt plus le halo lumineux du hall supérieur ; les parois irrégulières défilaient sous son regard. Il tendait parfois sa torche à l'encontre d'une interstice ou de la moindre fissure et de sa voix grave, interpellait les deux nains qui s'affairaient à le faire rejoindre les mines souterraines de la cité de Dalarnaz.



- Hola... stoppez tout! Je crois qu'il y a quelque chose ici!, reprenait-il.

   

Gronelin se penchait alors pour récupérer au fond du seau, qui lui servait de nacelle, un piolet avec lequel il venait frapper la roche. Comme bien souvent, sa recherche se voyait infructueuse et accompagnée d'échos lointains.


- A chaque fois il nous fait le coup, il n'y a plus rien à tirer de ce tunnel et pourtant il s'amuse encore à l'examiner... dit un nain situé dans le hall supérieur.
- Que veux-tu, on ne peut tout de même pas le lâcher d'un seul coup ; il radotte certes, mais ce n'est pas un mauvais bougre... répondit un autre.
- Je vous entends barbes souples! Essayez un peu de vous jouez de moi et je vous montrerai que j'ai encore le dessus sur vous et vos bras imberbes! criait Gronelin.

 

Le seau reprenait alors sa déscente chahutée, venant se percuter le long des parois de ce tunnel vertical, avant qu'il ne leur intime à nouveau l'ordre de tout stopper. Arrivé au niveau des mines, il enjambait alors sa nacelle de fortune. Les échos secs et réguliers de sa jambe de bois l'annonçaient bien rapidement si bien que fusaient les voix d'autres nains l'appelant et l'accueillant chaleureusement.


- Gronelin Maindorée est là! Réjouissons nous de sa venue, la pause est sonnée!

 

Commençait alors une cérémonie bien rodée où le vieux nain venait jouer de son oeil expert sur les gemmes extraites et les filons d'or relevés. Les mineurs aguéris connaissaient bien Gronelin et certains l'avaient même connu alors qu'il gambadait encore sur ses deux robustes jambes. Les plus jeunes, pour leur part, avaient droit aux plus vastes et glorieuses anecdotes de la belle époque, comme on disait ici bas. C'était alors l'occasion, pour ces derniers, d'observer la peau jaunie et les dents dorées de ce nain pittoresque qui avait autrefois usé bien des pioches et épuisé bien des filons. L'oeil vif et les doigts agiles, surmontés d'ongles incrustés d'éclats d'or, le vieux nain manipulait le fruit quotidien de leurs excavations avant de distiler ses conseils paternalistes et de repartir après avoir bu quelques bières bien méritées.
   On le regardait alors disparaître dans la pénombre des tunnels, le sourire aux lèvres et le coeur plein d'estime pour cet ancien qui atteignait alors le crépuscule de ses vieux jours. Les derniers “tic-toc, tic-toc” de sa jambe de bois s'épuisant, le labeur reprenait et les pioches chantaient à nouveau.

Dernière modification par talwinque (29-10-2007 19:37:09)


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